Et si le Québec investissait enfin sérieusement dans la prévention par le sport?
Le gouvernement, à l’image d’une entreprise, cherche constamment des secteurs rentables. Certaines sociétés d’État en sont des exemples éloquents. La SAQ, par l’entremise de la vente et de la gestion de l’alcool, génère des profits considérables. Cet alcool, bien que socialement accepté, peut toutefois engendrer des problèmes de santé à moyen et long terme. Depuis 2021, le gouvernement vend également des drogues dites « douces » par l’intermédiaire de la SQDC. Là encore, ces substances peuvent, chez certaines personnes, entraîner des enjeux de santé.
Dans ces deux cas, le citoyen pourra toujours s’appuyer sur le système de santé public, financé, entre autres, par les profits générés par ces mêmes sociétés d’État. Je le reconnais : cette réflexion est volontairement vulgarisée. Mais elle soulève une question fondamentale. Pourquoi n’investissons nous pas davantage dans la prévention par le sport? Par crainte de non rentabilité?
L’alarme est sonnée…depuis plusieurs années!
Aujourd’hui, près d’un adulte québécois sur deux n’atteint pas les recommandations minimales d’activité physique (150 minutes par semaine). L’inactivité physique est pourtant reconnue comme un facteur de risque majeur de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de certains cancers et de troubles de santé mentale. Au Canada, l’inactivité physique coûte plus de 6 milliards de dollars par année en soins de santé et en pertes de productivité. La prévention par l’activité physique est-elle rentable? Probablement pas à court terme. Mais à moyen et long terme, les études internationales sont claires :
« Chaque dollar investi en activité physique génère entre 3 $ et 5 $ d’économies en santé. »
Prioriser la prévention avec un projet simple
La mesure « Prévention Active » couterait au gouvernement annuellement environ 3 milliards de dollars. La facture annuelle du système de santé québécois est estimée à 81 milliards de dollars. Investir 3 milliards en prévention, c’est consacrer moins de 4 % du budget de la santé à réduire la pression future sur ce même système. Des citoyens plus actifs : consultent moins, consomment moins de médicaments, présentent moins de maladies chroniques, et bénéficient d’une meilleure santé mentale. Les personnes physiquement actives présentent 20 à 30 % moins de risques de dépression et d’anxiété, faisant du sport l’un des outils de prévention non pharmacologiques les plus efficaces qui soient.
Effet levier économique
Selon Statistique Canada, les ménages canadiens, incluant ceux du Québec, ont dépensé en moyenne 5 231 $ en loisirs en 2023, toutes activités confondues. Une part relativement modeste de ce montant est consacrée au sport actif. Les dépenses sportives personnelles sont généralement estimées entre 500 $ et 1 000 $ par personne par année. Le crédit « Prévention Active » aurait donc un effet d’entraînement direct : augmentation de la participation, hausse des dépenses sportives, dépenses taxables, retombées fiscales supplémentaires pour l’État.
Encadrer et structurer le milieu sportif
Pour assurer la qualité du programme, chaque club ou organisation sportive souhaitant émettre un reçu pour le crédit « Prévention Active » devrait être reconnu officiellement. Ces dernier devront avoir certains critères tel le volet « non competitif » . Retour sur la rentabilité, le frais d’inscription proposé : 500 $ par organisation. Résultat : un registre clair, une meilleure structuration du milieu, et quelques millions de dollars supplémentaires pour le gouvernement.
Collectivement mettre en place le projet…maintenant
Et si, collectivement, nous prenions un vrai moment pour développer un projet comme celui-ci? Un projet qui : Mise sur la prévention plutôt que sur la réparation, améliore durablement la santé de la population, soutient les organisations sportives locales, et réduit, à terme, la pression sur le système de santé.
La question n’est peut-être pas : « Peut-on se permettre d’investir en prévention? »
Mais plutôt : « Peut-on encore se permettre de ne pas le faire? »
Francis Bachand
Niveau 4 – DAE Institut National du sport
Fondateur Sports Capitale
Sources
Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS)
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)
Ministère des Finances du Québec
Statistique Canada
Organisation mondiale de la santé (OMS)
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
ParticipACTION
Conference Board du Canada